CONSÉQUENCES | FRANÇOIS BESSON - SÉBASTIEN THEBAULT | 03.03.16 > 24.03.16








La peinture de François Bresson est une peinture singulière. Singulière, ici, dit qu’il s’agit d’une peinture de la figure. Mais de quelle figure ? Cette peinture expose une double figure qui est en même temps indiscernable et inidentifiable. (...) Les figures dans la peinture de François Bresson acquièrent un statut étrange qui les laisse suspendues dans cette indétermination : ce qui signifie qu’elles échappent à l’identité personnelle. Ce qui signifie que les figures qui sont peintes ici sont peintes comme corps avant même d’être une identité. (...) Ce qui est saisissant dans la peinture de François Bresson c’est l’éclat, au double sens du terme français, comme intensité lumineuse et comme fragment. Cette peinture est une peinture de l’explosion et de la constellation. C’est en parvenant à faire une peinture du fragment, c’est-à-dire des éclats dispersés et rassemblés que François Bresson peut exposer une peinture figmentaire, c’est- à-dire une peinture de la figure. (...) La peinture de François Bresson est une peinture de la confusion au sens précis où l’on identifie volontairement une chose à une autre pour la rendre indiscernable. Dire que c’est une peinture de la confusion signifie que c’est une peinture de la combinaison, de l’assemblage, de la juxtaposition au point où il ne soit pas possible d’y discerner immédiatement une grammaire, une syntaxe, un ordre autre que celui de l’assemblage : en somme une grammaire zéro qui nous expose la saisissante matière inarticulée du visible et des figures. (...) La peinture de François Bresson est citation car elle expose cette formule singulière qui dit que seules les figures passées et absorbées dans le présent dessinent le futur. (...) Dans ces peintures s’indéterminent une multitude infinie de références et de citations, du geste du Tintoret à la densité de Zurbarán, de la crudité de Vélaquez à la rugosité du Greco. (...) La peinture de François Bresson est une peinture où le temps s’incruste. (...)

Fabien Vallos, extraits de "Noé inversé", septembre 2009


La peinture de Sébastien Thébault est un travail d’observation ; d’observation silencieuse et troublante. Une peinture de la contemplation, au sens précis où il faudrait entendre une peinture théorétique : une peinture qui formule « l’action d’observer » et qui formule selon les propres termes de Sébastien Thébault une « subversion de la figuration ». Il reste alors la peinture, l’acte et sa jubilation.(...) Pour cela il effectue un travail de composition, composition de la couleur, composition de la lumière, des éclats, des brillances, etc. Mais plus encore une autre composition qui définira, sans aucun doute la mesure la plus précise du travail de Sébastien Thébault ; composer, assembler, conjoindre la rudesse du format, la rudesse des aplats de couleurs, la brutalité des surfaces abstraites à une manière plus douce, à une concentration d’effets plastique et esthétique dans la brillance, dans la couleur et dans la beauté des éclats. Il y a bien longtemps déjà Denys d’Halicarnasse établissait une distinction entre une harmonia austera comme une combinatoire brutale et une harmonia glaphyra comme une combinatoire élégance, douce et subtile. Ce qui fait qu’il y a du désirable. Ces liaisons élégantes, ces harmonia glaphyra, c’est ce qu’avec douceur le peintre « creuse », inscrit lentement comme tension et concentration dans la peinture pour nous l’offrir comme supplément de jouissance. La peinture se creuse indéfiniment, subtilement, pour ne laisser apparaître, pour ne laisser et pour n’exposer que ces taches supplémentaires, que ce plus de désir et de tension, que cette humidité, survenante, sur les corps.

Fabien Vallos, extraits de "Wet color", février 2009

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