L'ENNEMI: l'ART | MAX BOUFATHAL | 10.11.16 > 04.12.16










La bataille suprême est engagée.

Après tant de relâche, de fureurs, de douleurs, voici le choc décisif, le choc tant espéré. Bien entendu, c’est la bataille de l’art et c’est la bataille des acteurs de l’art.

D’immenses moyens d’attaque ont commencé à déferler de la flèche Saint Michel à la bastida aux pieds du col d’Iraty.

Devant ce dernier bastion du monde de l’art, la marée consensuelle doit s’arrêter. Nous représentons la base de départ d’une offensive réfléchie. L’art, submergé depuis plusieurs décennies, mais non point réduit, ni vaincu, est en train de se lever pour créer son propre empire – si bien que le futur est déjà à l’œuvre dans le présent (1).

Pour les fils de l’art, où qu’ils soient, le devoir simple et sacré est de combattre par tous les moyens dont ils disposent jusqu’à la quintessence primaire de notre machiavélisme. Il s’agit de détruire l’ennemi, l’ennemi qui écrase et souille la liberté, l’ennemi détesté, l’ennemi déshonoré.

Cette bataille, Max Boufathal n’en sera que l’artisan méticuleux qui sera responsable de la propagande et du récolement du stock d’armes fabriqués par les artistes révolutionnaires. La détérioration inévitable des « armes œuvres » devra être considérée comme naturelle. Laissées sur le champ de bataille, elles pourront être fabriquées à nouveau grâce aux plans, cotations et photos archivées. Au-delà d’une simple « reproductibilité technique » (1), il appartient à chaque artiste d’allumer la flamme avec audace pour vaincre un monde qui a usurpé nos symboles et nos hymnes.

Pour l’art qui se bat, les pieds et les poings liés, il est temps d’engager des actions ensemble :

La première est l’organisation d’une assemblée nationale où l’on votera ce que sera l’art l’année prochaine. Prisonnier de nos constructions mentales, nous proposerons un vote à main levé pour fixer des prochaines modalités de l’organisation des foires internationales d’art et des politiques d’acquisition des fonds régionaux.

La deuxième condition est une action des armées de longue durée. La solution : l’effort de guerre. Chacun devra insuffler ses propres ressources financières dans un fond monétaire destinée à la fabrication d’œuvres d’art dites pures. Seul une prise de conscience totale pourra permettre la constitution d’un stock d’œuvres d’art suffisamment important pour pallier aux forces parasites de l’ennemi.

La troisième condition est que tous ceux qui sont capables d’agir, soit par leur statut dans une institution du monde de l’art, soit par leur capacité à créer des œuvres, soit par leur refus de rentrer dans les rouages de l’art, ne se laissent pas faire prisonniers. Que tous ceux-là agissent ensemble pour participer à la création d’un nouvel ordre monétaire et bancaire. Nous convions tous les humains, où qu’ils se trouvent, à s’unir à cet effort dans l’action, dans le sacrifice et dans l’espérance.

Le projet MORT tire son pouvoir de la pensée artistique indépendante. Distant des méthodes clausewitziennes romantiques et controversées (3) il prend l’engagement solennel de rendre compte de sa stratégie guerrière au peuple de l’art. L’indépendance de cette révolte dont Max Boufathal est le grand artisan passera par la fabrications d’outils concrets loin des logiques digitales ennemies et de l’industrialisation de masse ; fabricant de A à Z les instruments d’un ordre artistique nouveau : tickets de rationalisation, plans architecturaux des bâtiments, billets de banque, organigramme, mobilier …

La bataille de l’art a commencé. Il n’y a plus, chez le peuple de l’art, qu’une seule et même espérance. Derrière le nuage du passé si lourd de notre sang et de nos armes voici que réapparaît le soleil de notre grandeur. La lutte a commencé, et nous y laisserons tous dans une action coordonnée nos champs symboliques et nos âmes et nos sculptures, telle une archéologie primaire du combat allégorique de notre temps.

(1) Walter Benjamin , « La reproductibilité technique » (2) Armen Avanessian et Suhail Malik, « Le Temps-complexe : sur le post-contemporain » 2016. (3) Benoît Durieux, « Clausewitz et la réflexion sur la guerre en France, 1807-2007 », 2009.

Maylis Doucet

Texte très largement inspiré du Discours radiodiffusé, Londres, 6 juin 1944 du Général de Gaulle pendant la guerre (1940-1946)

http://www.maxboufathal.com